DOSSIER (1/2) : La place des évangéliques dans la politique intérieure et étrangère américaine

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DOSSIER (1/2) : La place des évangéliques dans la politique intérieure et étrangère américaine

ZONE AMERIQUE DU NORD

Cette semaine, nous vous proposons un format différent des mois passés, avec un dossier spécial sur les “Évangéliques aux États-Unis”. Nous vous parlerons de leur histoire politique, de leur influence dans le monde, et de leur récent soutien à Donald Trump lors de la dernière élection présidentielle américaine.

PARTIE 1 : L’arrivée en politique des “chrétiens nés à nouveau”

Le protestantisme évangélique a longtemps été la forme dominante du christianisme et ce depuis la naissance des Etats-Unis en tant que nation. Les premiers colons américains fuyaient les persécutions et le dogme catholique, et le protestantisme est ainsi devenue le fondement de l’unité américaine. La première utilisation du terme évangélique dans son sens américain moderne correspond à la création aux Etats-Unis de la National Association of Evangelicals en 1942. Sous le mot évangélique sont regroupées de nombreuses églises, comme les Églises baptistes, les Églises presbytériennes, les Églises méthodistes épiscopales, et bien d’autres.

Le mouvement religieux évangélique a gardé une forte empreinte culturelle dans le pays et s’est redynamisé notamment au 20e siècle avec l’aura croissante de leaders spirituels évangéliques comme Bill Graham et Carl Henry. Le mot evangelical, va toutefois changer de nature et se politiser lorsqu’il sera porté par des fondamentalistes blancs qui l’utilisent en rempart contre la culture mainstream qui commence à se développer dans les années 1950. Dans les années 1970, les chrétiens évangéliques gagnent une présence fondamentale avec la campagne électorale du candidat Jimmy Carter, qui se revendique comme un chrétien “born again” (“né à nouveau”), très fier de sa foi évangélique et l’utilisant comme argument politique. Depuis ce moment, les chrétiens évangéliques, qui forment aujourd’hui 25% de la population américaine soit le premier groupe religieux aux Etats-Unis, et dominent aussi bien dans le Midwest que dans le Sud – la fameuse Bible Belt, ont gagné une place de plus en plus influente notamment sur la politique sociale et étrangère du pays.

 

Carte de la répartition des évangéliques aux Etats-Unis. Source: LifeWay Research

 

La naissance de l'activisme politique évangélique

Avant les années 1970, les chrétiens évangéliques étaient peu représentés en politique, et la majorité n’était même pas recensée pour voter. La droite religieuse conservatrice représentée par les blancs évangéliques devient pourtant à cette époque une force politique nationale qui s’oppose aux mouvements de sécularisation pour les droits civils et à la libération sociale (mouvements féministes, lutte pour l’avortement…). Cette pratique va s’appeler la “politique de la loi et de l’ordre” (“law and order politics”) - une expression qui sera plus tard reprise par le candidat présidentiel républicain Richard Nixon [1] - et elle est née en réaction à des changements culturels brutaux : évolutions en faveur de l’interdiction de la prière à l’école (1962 Engel vs Vitale), de l’autorisation d’avortement (1973 Arrêt de la Cour Suprême Roe vs Wade) et du mouvement des droits civiques (1964 Brown vs Board of Education). En effet, selon Anwar-Gabriel Boulal, “la droite chrétienne évangélique se caractérise par une critique virulente de la libéralisation sociétale en marche depuis les années 1960”[2]. Les chrétiens évangéliques commencent donc à s’organiser dans un élan de “chrétienté appliquée”, et rejoignent la levée de boucliers des catholiques socialement conservateurs.

Le mouvement religieux profite dès lors des nouveaux médias comme la télévision pour diffuser et populariser sa foi sur les ondes : c’est la naissance du télévangélisme. Jerry Falwell, prédicateur baptiste, est l’un des animateurs télévangélistes le plus connu et le plus influent avec ses shows “J’aime l’Amérique” et “Amérique, t’es trop jeune pour mourir”. C’est ainsi que le mouvement évangélique va dans l’imaginaire collectif être associé à un fait médiatique et l’année 1976 déclarée “Année des Évangéliques”[3].

 
 
 
Discours très connu de Billy Graham en 1971 "Who is Jesus ?"
 

La fin des années 1970 et la transformation des Églises évangéliques en réelles organisations politiques

Les évangéliques vont connaître un éveil du militantisme politique pour Jimmy Carter, candidat à la présidence de 1977 qui émerge du scandale du Watergate en misant sur des valeurs morales. Ils vont largement soutenir et voter pour le candidat démocrate qui remet enfin la foi au centre du dialogue national et pour la première fois dans l’histoire du 20e siècle parle sans tabou de sa foi. Celui-ci déclarait même pouvoir être “un meilleur président, grâce à sa foi”.

Toutefois, Carter, jugé trop de gauche et trop libéral durant son mandat, sera une déception malgré son évangélisme. En effet, celui-ci ne traduit pas en politiques publiques et en réformes les principes de sa foi personnelle. Certaines réformes passées plus tôt en effet sont contestées et le président n’essayera pas de réinstituer la prière à l’école, ni de faire barrage à la loi sur l’avortement de 1973 et sur la loi fiscale qui fit perdre leur statut privilégié aux écoles confessionnelles. Pendant son mandat, on continue de mettre fin aux politiques de ségrégation écoles, au grand désarroi des membres du mouvement religieux. Cette déception va pousser les chrétiens évangéliques à créer un mouvement politique, la Nouvelle Droite Chrétienne (“The New Christian Right”), et les Protestants évangéliques à s’organiser autour du mouvement conservateur très moraliste “Majorité Morale” (“Moral Majority”) créé en 1979 par le télévangéliste et révérend Jerry Falwell, et autour de la “Christian Coalition” de Pat Robertson. Moral Majority, surtout présent dans les Etats du Sud-Est et dans les églises dites baptistes [4], se définissait comme un groupe de lobbying chrétien qui promouvait les valeurs “traditionnelles” de la famille et la prière à l’école, et se posait comme l’ennemi des droits LGBT, de l’égalité homme-femme et de l’avortement. La droite chrétienne déclare alors une guerre sainte contre “l’humanisme séculaire” et le déclin moral du pays [5]. La Christian Coalition va par la suite se rapprocher des Républicains, dont les positions se rejoignent sur divers sujets et peser dans la campagne électorale de 1980.

Jerry Falwell, fondateur de Moral Majority

La Christian Coalition devient même en 1992 une “force majeure” du Parti Républicain et se flatte d’avoir été un “élément décisif” dans la victoire républicaine au Congrès en 1994. […] Fort d’avoir compris l’attachement des Américains à une certaine spiritualité dans la sphère politique, […] le stratège politique de George W. Bush, Karl Rove, a mené avec succès une opération séduction auprès de la droite chrétienne, en particulier auprès des 4 millions des Protestants évangéliques qui ne s’étaient pas mobilisés en 2000. Résultat : 78 % des Protestants évangéliques ont voté pour George W. Bush à l’élection présidentielle de 2004, soit 4 points de plus qu’en 2000, et ce chiffre s’est élevé à 88 % dans les rangs les plus traditionalistes. [6] - Célia Belin

Les évangéliques veulent en effet suite au mandat de Jimmy Carter un candidat plus conservateur. Reagan, nouveau venu sur la scène politique qui plaide pour un “réveil religieux” [7] du pays, va utiliser les évangélistes comme un bloc de soutien politique. Celui-ci va user d’une rhétorique anti-”godless” communistes et appeler à un gouvernement limité en pouvoir. Reagan est en ce sens le candidat “qui a su convaincre les protestants conservateurs des anciens États confédérés qu’il partageait leur foi piétiste, leur morale traditionnelle et leurs valeurs individualistes et antigouvernementales.”[8]

L’influence des évangéliques dans la politique étrangère américaine

L’International Religious Freedom Act (IRFA) du 27 janvier 1998 a réaffirmé la prise de position du gouvernement américain sur la liberté religieuse [9]. C’est alors que l’administration fédérale est aux mains des républicains conservateurs qu’une telle mesure est prise, et celle-ci est largement soutenue par les évangéliques dont une des priorités est de protéger les chrétiens du monde. La liberté religieuse devient alors une réelle priorité de politique étrangère américaine, qui se doit de lutter contre les persécutions religieuses dans le monde. Cette prise de position va donc à l’encontre de la séparation théorique de l’Eglise et de l’Etat pourtant dans le Premier amendement de la Constitution américaine.

Outre le poids des évangéliques sur les réformes intérieures du pays, ceux-ci ont pu avoir une influence sur la politique étrangère à mener, notamment sous la présidence de Georges W. Bush. Des événements passés avaient déjà par ailleurs construit l’actuelle prise de position évangélique interventionniste à l’international, comme la Guerre des Six jours en 1967, la prise d’otages américains à Téhéran en 1979 et les attaques du 11 septembre 2001 [10]. Ainsi, en 2003 les évangéliques soutiennent massivement la guerre en Irak, menée par un Président qu’ils avaient également aussi largement contribué à réélire, malgré sa popularité en chute libre. Celui-ci, en usant d’un discours manichéen de “croisade” et d’”Axe du mal” parvient à rallier un soutien de taille pour engager une guerre en Irak.

Enfin, l’un des axes majeurs de l’activité politique évangélique est également centré autour d’Israël, pays avec lequel le lien biblique est ancien. Pour les protestants évangéliques, “l’Etat d’Israël est la réalisation de la volonté divine exprimée dans la Bible, et il relève du devoir divin d’aimer et de bénir le peuple juif”[11]. Ainsi, la création de l’Etat d’Israël en 1948 a renforcé la conviction d’une réalisation divine et a nourri le fort soutien des Églises évangéliques. L’une d’entre elles, Cornerstone Church est un des plus grands soutiens financiers d’Israël : son pasteur John Hagee aurait levé plus de 70 millions de dollars en dons [12] et milite à travers l’institution qu’il a fondé, Christians United For Israel (CUFI), un lobby encore plus influent que AIPAC. CUFI investit tout particulièrement dans la construction de logements juifs en Cisjordanie, se plaçant donc d’un côté bien défini du conflit israélo-palestinien, suivant la loi de Dieu au détriment du droit international.

Les organisations évangéliques pro-Israël, situées surtout le long de la Bible Belt, ont ainsi entrepris, depuis 1967, un lobbying politique intense, en particulier au sein du Parti républicain, via des organisations influentes comme la National Christian Leadership Conference for Israel fondée en 1967 et le Christian Zionist Congress, crée en 1996. En Israël se trouve aussi l’Ambassade chrétienne internationale à Jérusalem, qui mène une action de lobbying en direction du Département d’Etat en faveur des intérêts d’Israël depuis 1980 [13].

Plus récemment, on a vu les évangéliques prendre positions sur des sujets d’actualité plus récents, comme l’environnement et le militantisme pour le climat, notamment à travers l’Evangelical Climate Initiative, portée par des évangéliques plus progressistes et libéraux. La figure de Katharine Hayhoe, scientifique évangélique, s’est ainsi imposée comme un rempart aux idées préconçues sur le fait que tous les évangéliques seraient climato-sceptiques. Plus récemment encore, de grandes organisations évangéliques comme l'Alliance évangélique mondiale et le mouvement de Lausanne, ont félicité la signature de l’Accord de Paris sur le climat [14].

Vice on HBO "Why Evangelical Christians Love Israel ?"

Vice on HBO "Why Evangelical Christians love Israel ?"

La semaine prochaine, nous reviendrons en détails sur l’élection de Donald Trump et les raisons de l’immense soutien des évangéliques à sa présidence…


Notes

[1] Downland, Seth, “American Evangelicalism and the Politics of whiteness”, 19 juin 2018, URL: https://www.christiancentury.org/article/critical-essay/american-evangelicalism-and-politics-whiteness

[2] Anwar-Gabriel Boulal, “L’axe évangélique”, Le Grand Continent, 17 janvier 2019, URL: https://legrandcontinent.eu/fr/2019/01/17/laxe-evangelique/

[3] Miller, Steven Patrick, The Age of Evangelicalism: America’s Born Again Years, p. 9.

[4] Kenneth D. Wald, Allison Calhoun-Brown, Religion and Politics in the United States, p.214.

[5] Fitzgerald, Frances, “The Evangelicals: The Struggle to Shape America”, Introduction.

[6] Belin, Célia, “Les protestants évangéliques aux États-Unis et la politique étrangère américaine”, Annuaire français des relations internationales, vol. VII, Centre Thucydide – Université Paris II Panthéon-Assas, 2006

[7] Gordon Golding, “La nouvelle droite chrétienne aux États-Unis : l'exemple de la Majorité Morale”, Autres Temps, 1985, Persée.fr

[8] Richet, Isabelle. “Les évangéliques dans la vie politique et sociale des États-Unis”, Hérodote, vol. no 119, no. 4, 2005, pp. 9-23.

[9] Morisset, Nicolas,”Le fait religieux dans l’appareil diplomatique américain”, IRIS, Avril 2016, URL: http://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2016/04/Obs-religieux-Fait-religieux-ds-lappareil-US-Avril-2016.pdf

[10] Belin, Célia, “Les protestants évangéliques aux États-Unis et la politique étrangère américaine”, Annuaire français des relations internationales, vol. VII, Centre Thucydide – Université Paris II Panthéon-Assas, 2006.

[11] Belin, Célia, “Les protestants évangéliques aux États-Unis et la politique étrangère américaine”, Annuaire français des relations internationales, vol. VII, Centre Thucydide – Université Paris II Panthéon-Assas, 2006.

[12] “Evangelicals and Israel”, VICE on HBO, 15 mai 2018, URL: https://www.youtube.com/watch?v=Fo77sTGpngQ

[13] Belin, Célia, “Les protestants évangéliques aux États-Unis et la politique étrangère américaine”, Annuaire français des relations internationales, vol. VII, Centre Thucydide – Université Paris II Panthéon-Assas, 2006.

[14] Issu de Reuters, “Des évangéliques chrétiens dénoncent le choix de Trump sur le climat”, 3 juin 2017, URL : https://www.capital.fr/economie-politique/des-evangeliques-chretiens-denoncent-le-choix-de-trump-sur-le-climat-1230836



Bibliographie

Ouvrages :

Djupe, Paul and Ryan L. Claassen, “The Evangelical Crackup?: The Future of the Evangelical-Republican Coalition”, Philadelphia, PA: Temple University Press, 2018.l

Fitzgerald, Frances, The Evangelicals: The Struggle to Shape America, Simon & Schuster, 2017.

Kenneth D. Wald, Allison Calhoun-Brown, Religion and Politics in the United States, Rowman & Littlefield Publishers; Eighth edition, 2018.

Miller, Steven Patrick, The Age of Evangelicalism: America’s Born Again Years, Oxford University Press, 2014.

Articles de presse et de think-tank américains :

Bivins C., Jason, “How Christian media is shaping American politics”, The Conversation, 21 décembre 2017, URL : https://theconversation.com/how-christian-media-is-shaping-american-politics-95910

Downland, Seth, “American Evangelicalism and the Politics of whiteness”, Christian Century, 19 juin 2018, URL: https://www.christiancentury.org/article/critical-essay/american-evangelicalism-and-politics-whiteness

Green, Emma, “How Young, Rich Evangelicals Give Their Money Away”, The Atlantic, 2 Janvier 2019, URL: https://www.theatlantic.com/politics/archive/2019/01/evangelical-mega-donors/578563/

Haberman, Clyde, “Religion and Right-Wing Politics: How Evangelicals Reshaped Elections, Retro Report, The New York Times, 28 Octobre 2018, URL :https://www.nytimes.com/2018/10/28/us/religion-politics-evangelicals.html

Jain, Kalpana, “How the religious right shaped American politics: 6 essential reads”, The Conversation, 25 mai 2018, URL : https://theconversation.com/how-the-religious-right-shaped-american-politics-6-essential-reads-89005

Kimbriel, Samuel, “Christianity is political. But America’s politically active Christians seem to be forgetting that.”, The Washington Post, 21 Novembre 2017, URL : https://www.washingtonpost.com/news/posteverything/wp/2017/11/21/christianity-is-political-but-americas-politically-active-christians-seem-to-be-forgetting-that/?utm_term=.f3f051099695

Mc Mahon, Robert, “Christian Evangelicals and U.S. Foreign Policy”, 22 août 2006, Council on Foreign Relations, URL : https://www.cfr.org/backgrounder/christian-evangelicals-and-us-foreign-policy

Articles de presse et de recherche français :

Belin, Célia, “Les protestants évangéliques aux États-Unis et la politique étrangère américaine”, Annuaire français des relations internationales, vol. VII, Centre Thucydide – Université Paris II Panthéon-Assas, 2006.

Boulal, Anwar-Gabriel, “L’axe évangélique”, Le Grand Continent, 17 janvier 2019, URL: https://legrandcontinent.eu/fr/2019/01/17/laxe-evangelique/

Fath, Sébastien. “Les Églises évangéliques américaines et la guerre au Moyen-Orient”, Les Champs de Mars, vol. 26, no. 1, 2015.

Gordon Golding, “La nouvelle droite chrétienne aux États-Unis : l'exemple de la Majorité Morale”, Autres Temps, 1985, Persée.fr.

Issu de Reuters, “Des évangéliques chrétiens dénoncent le choix de Trump sur le climat”, 3 juin 2017, URL : https://www.capital.fr/economie-politique/des-evangeliques-chretiens-denoncent-le-choix-de-trump-sur-le-climat-1230836

Morisset, Nicolas,”Le fait religieux dans l’appareil diplomatique américain”, IRIS, Avril 2016, URL: http://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2016/04/Obs-religieux-Fait-religieux-ds-lappareil-US-Avril-2016.pdf

Richet, Isabelle. “Les évangéliques dans la vie politique et sociale des États-Unis”, Hérodote, vol. no 119, no. 4, 2005, pp. 9-23.

Vidéos et podcasts :

Al Jazeera English, “Evangelical beliefs still influence on US politics”, 25 décembre 2017, https://www.youtube.com/watch?v=5fVpuJq8j3o

France Culture, “Nouveaux regards sur les Etats-Unis (3/4): In God they trust ? La religion dans l'arène politique”, Cultures Monde, Emission du Mercredi 25 avril 2018, https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/culturesmonde-du-mercredi-25-avril-2018

“What is the future of evangelicalism”, VICE on HBO, 17 septembre 2018, URL: https://www.youtube.com/watch?v=MG_l0-IJ_BQ&frags=pl%2Cwn

“Evangelicals and Israel”, VICE on HBO, 15 mai 2018, URL: https://www.youtube.com/watch?v=Fo77sTGpngQ

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